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La veuve avait vieilli, bien que son caractère se montrât plus souple et plus affectueux.

Il semblait qu’un fardeau eût débarrassé son esprit. Elle ne parlait pas de sa fille, mais on sentait qu’elle avait accepté sa mort avec une farouche résignation.

Un jour, elle annonça :

— Christiane, c’est ce soir que rentre Robert.

— Ah ! murmura la jeune fille, dont le cœur battit follement.

— Vous allez enfin être réunis.

Elle s’arrêta quelques secondes et reprit :

— Je vous remercie, Christiane, d’avoir donné ce bonheur à ma Bertranne…

— C’était de l’égoïsme ! s’écria Christiane, j’aurais tant souffert de la voir malheureuse par mon mariage !

— C’est justement dans cette souffrance que réside votre âme si rare et non dans de l’égoïsme. Maintenant vous aurez double satisfaction : celle d’avoir rendue heureuse votre amie et de goûter vous-même sans remords le bonheur que vous avez repoussé par oubli de vous-même.

— Combien je regrette que Bertranne n’ait pas joui longtemps de son foyer ! s’écria la jeune fille, bouleversée.

La veuve poursuivit :