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jeune fille entrait dans les cercles.

Les vieux visages se déridaient et les mots méditation, oubli de soi, la misère devenaient plus riants par sa présence. Les femmes se souvenaient d’avoir été jolies, et arrangeaient furtivement une mèche de leur coiffure. Les hommes, d’un geste oublié, redressaient leur moustache et passaient leurs doigts dans leurs cheveux rares.

Tout le monde rêvait.

L’apôtre du célibat avec ses bandeaux sévères et son col de quakeresse, sentait monter des pensées sentimentales de son cœur racorni. Elle contemplait Christiane du haut de son front large, et se taisait, songeuse.

Les renoncements, les sacrifices, les bonnes œuvres reculaient dans la brume. Les malades disparaissaient dans leur horizon gris, pour laisser la place à une vivante qui apportait sa jeunesse, pour qu’elle desséchât sous les austérités de la charité, et tout l’amour captif pour qu’il s’étiolât sous la parole de l’Ecclésiaste : Vanité, tout est vanité…

Il fallait que la personne de Christiane fût bien significative pour que certaines âmes, en dépit de leur mépris pour l’enveloppe terrestre, songeassent involontairement qu’elle était faite pour le bonheur.

Le respect humain seul retenait quelques-uns de crier : « Que faites-vous parmi nous, gracieuse enfant ?… Attendez que la vie vous ait souri, avant de rester aussi loin des joies humaines. »