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eu un regret pour son amie et aurait poursuivi le chemin commencé.

Mais elle possédait l’oubli de soi comme fond naturel et sa ligne du conduite était la bonté.

Ces qualités s’étaient développées sous l’influence de Mme Fodeur, ardente à stimuler les élans du cœur et l’âme de Christiane se bouleversait devant ce terrible imprévu…

Bertranne était son amie d’élection et pourrait-elle supporter de la voir malheureuse quand elle-même goûterait le bonheur ?

Et serait-ce même le bonheur que de le savoir empoisonné par une telle pensée ?

Évidemment, cela ne constituerait pas un remords, mais une tristesse constante, une piqûre qui la lancinerait à chaque moment.

Elle regagna sa chambre vers minuit, sans aucune conscience de l’heure, n’ayant pas sommeil, mais se sentant accablée.

Avait-elle le droit de rendre Robert malheureux ?

Bertranne ne prétendait-elle pas qu’on ne pouvait s’arroger la liberté de disposer de sa vie ? Elle en avait promis le don.

Mais pourquoi enlèverait-elle à Bertranne l’homme qu’elle aimait ?

N’était-ce pas mieux que le hasard qui lui avait fait taire ses fiançailles, afin que son amie divulguât le nom aimé ?

Par quel mystère Mme Fodeur s’était-elle tue, elle aussi ?