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avec un accent vibrant, c’est qu’il m’est arrivé un bonheur.

Christiane eut un sourire. Elle était contente de penser que son amie tenait, domine elle, une heure enchantée.

— Oui, au moment où j’y songeais le moins, j’ai aperçu celui que j’aime. Il venait vers moi, sur le boulevard Saint-Michel, et quand il m’a vue, au lieu de me saluer avec indifférence, il s’est arrêté et a causé avec moi. Son visage était radieux et, je ne m’y suis pas trompée, c’était celui d’un homme heureux.

Christiane fut intéressée.

— J’en suis sincèrement ravie, ma bonne Bertranne.

— Ah ! quel changement subit dans mon âme et dans mon être ! je me sentais légère, aérienne, et tout ce qui n’était plus ma tendresse fondait et s’effaçait. Il me semblait que ce soleil de février contenait une puissance magique et qu’il dissolvait la médecine, les études, les soucis et les vieux bouquins… Je ne voyais qu’un visage devant moi, c’était celui d’un mortel enchanté. Mais la cause provenait-elle de m’avoir rencontrée ?… Qu’en penses-tu ?

— Il n’y a aucun doute !… s’exclama Christiane joyeusement.

— Procédons par déductions… Voilà un monsieur qui revient de voyage, il m’a vue deux ou trois fois chez un de mes professeurs… Je le remarque et je l’aime bêtement, tout de suite… L’a-t-il compris ? Il me croise dans la rue et ses traits s’éclairent… Est-ce le reflet de ma joie qui brillait sur son visage ?… Est-ce