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— Je crois qu’il fera bon demain ou après pour prendre un croquis de mes arbres… si beaux et si propices…


V


Le soir de ce même jour, M. de Saint-Armel annonça à sa sœur et à sa nièce :

— Vous ne serez point surprises, ma sœur, ni toi, ma nièce, si allant au parc, demain, vous y rencontrez le grand peintre Gontran Solvit… C’est un artiste de premier ordre, et…

Le marquis ne put continuer, parce que sa sœur s’écriait, scandalisée :

— Que dites-vous ! un artiste peintre dans nos jardins ? d’où vous vient cette lubie, mon frère ?

— Ma sœur, l’art a son entrée partout…

— Mon frère, tout dépend de ce que vous appelez partout… Notre parc n’est pas un partout ! C’est un endroit privé, et je ne veux pas me risquer à rencontrer un artiste dans nos domaines… Un homme d’abord, et puis, sans doute, mal élevé par surcroît…

— Qui vous a dît, ma sœur, qu’il était mal élevé ?

— C’est à deviner… Où l’avez-vous rencontré ?

— Il loge à l’hôtel des Barolle… et je l’ai vu là… et votre jugement est bien téméraire, parce qu’il m’a semblé très au courant des usages du monde… De plus, je sais que c’est un jeune homme plein de talent.

— Un jeune homme ! c’est un comble ! Vous ne pensez plus à ce que vous faites…

— Et pourquoi donc ?

— Allez-vous exposer notre nièce rencontrer ce manant ?