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l’identité du peintre, car, après reflexion, elle se figurait que c’était là le secret de son courroux. Elle n’établissait nul rapprochement entre celui-ci et la présence d’Armelle.

Cette dernière se remettait de son émotion.

Élevée dans des idées surannées, elle avait placé très haut son héros, bien qu’il ne fût qu’un homme, donc voué à son dédain. Elle avait rêve de quelque prince. Les préjugés dont on l’avait bercée avaient été heurtés par le nom roturier et la carrière du jeune homme.

Mlle de Saint-Armel ainée n’avait pas la dent aimable pour les artistes. Selon elle, ils étaient des bohèmes, des sans-foyer, des sans-abri, des libertins, des mauvais sujets, qui chantaient comme les cigales et n’avaient ni toît, ni loi.

Armelle, de ce fait, éprouvait un écroulement quoiqu’elle n’envisageât pas une minute un échange de paroles ou de sympathie avec cet intrus.

Cécile dit :

— C’est à moi de m’excuser… je n’aurais pas dû vous présenter, puisque vous ne m’y avez pas autorisée, mais Mlle Armelle de Saint-Armel nous ayant accompagnées cet après-midi. j’ai jugé plus correct de vous nommer.

La gentille Armelle intervint sèchement :

— Je n’avais nul besoin de connaître l’identité de Monsieur.

Ses nouvelles amies la regardèrent surprises. Elle avait un accent qu’elles ne lui connaissaient pas. Ce n’était plus la jeune fille timide que l’on traînait derrière soi, mais une personnalité qui avait conscience de ce qu’elle voulait.