Page:Fiel - Armelle devant son vainqueur, paru dans l'Ouest-Éclair du 3 septembre au 10 octobre 1937.djvu/40

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Saint-Armel, et c’est tout. La plupart des femmes sont malheureuses.

La bonne demoiselle parla d’abondance sur ce thème. Armelle en conclut qu’il fallait beaucoup se méfier, car plus les hommes se montraient aimables, plus ils cachaient leurs vices.

Quel abîme de perversité pouvait représenter un homme qui vous qualifiait de délicieuse !

Le cœur de la jeune fille pantelait sous ce virulent réquisitoire qui se termina par une nouvelle variante de la propre défaite de sa tante, par l’humiliation d’avoir été délaissée par ce fiancé, à l’aube de sa jeunesse. Avoir vingt ans et souffrir !

Le cœur compatissant d’Armelle fut vaincu. Les pleurs qui humectaient les yeux de sa compagne ont effacé l’attrait, la pitié pour l’inconnu.

Que pensait-elle là ! Avoir un remords pour ce passant, cruel sans doute comme tous ses pareils.

Une de Saint-Armel ne doit pas avoir de ses élans, permis seulement aux roturières. Une de Saint-Armel ne doit pas oublier qu’elle est vouée à l’honneur de son nom et que l’on venge une offense sur celui que Dieu vous envole comme victime.

Tel fut son raisonnement. Les jours qui suivirent furent assez tumultueux pour son esprit, mais elle chercha, en toute loyauté, à effacer cet événement de son âme.

Elle causait cependant avec Agal de la rencontre fortuite et mettait un de ses doigts entre les mâchoires du chien afin qu’il la mordit.

Le lévrier ne comprenait rien à ce nouveau jeu et n’avait garde de refermer ses puissantes tenailles.

Elle restait encore songeuse par mo-