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Saint-Armel, ne pouvant oublier la cruauté de son fiancé, ne passait pas de jour, sans dire du mal des hommes.

Un seul était bien : son frère.

Armelle vivait donc dans le mépris de ses contemporains et dans l’admiration de ses contemporaines. Elle se croyait elle-même une divinité étant femme.

Ce qui aggravait le cas de Mlle de Saint-Armel aînée, c’est qu’elle avait une propension à dédaigner tout ce qui ne tenait pas à l’aristocratie. Ayant eu des aïeux aux Croisades, elle trouvait volontiers que la particule apportait un certain nombre de qualités que ne possédaient pas les roturiers à leur naissance.

Son frère. M. de Saint-Armel, avait cependant épousé une jeune fille au nom quelconque. Mlle Joronel, mais, du moment qu’elle avait vécu sous le pavillon des Saint-Armel, elle était devenue tabou C’était la plus sainte et la plus aimable des femmes, et elle était morte à quarante ans, auréolée de toutes les vertus.

Mlle de Saint-Armel aînée estimait que c’était une exception.

La petite Armelle, élevée dans ces idées fausses, arriérées, se formait une opinion à peu près semblable à celle de sa tante, n’ayant jamais entendu autre son de cloche.

Elle vivait solitaire, puisque les jeunes filles à particule manquaient dans la ville.

Elle ne parlait à personne, et s’apercevait que le monde existait quand elle se rendait à la messe presque chaque matin.

Elle ne s’ennuyait pas. L’hôtel qu’elle habitait était vaste, plein de recoins mystérieux et de souvenirs étonnants. Elle retrouvait de vieilles robes de da-