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de se moquer de celle qu’il aimait.

M. de Saint-Armel reprit :

— Ne comprends-tu pas, ma petite-fille, que le fait d’accuser M. Solvit du crime d’infidélité est la preuve qu’il ne t’est pas indifférent ?

— Je ne sais si je rêve, s’écria Armelle, dont les beaux yeux s’assombrissaient, mais il me semble qu’hier même j’ai dit à M. Solvit que je ne ms marierai pas… Aujourd’hui, je le répète avec plus de force, puisqu’il y a pour moi un manque de délicatesse outrageant.

Armelle était belle dans l’indignation qui prouvait son amour.

Gontran le pensait comme artiste et comme homme. Il songeait aussi que ce n’était plus pour le compte de sa tante que la jeune fille s’emportait, mais pour défendre la belle tendresse qu’elle avait donnée.

Le marquis poursuivit :

— Avoue, ma chérie, que si tu as renvoyé Gontran hier, je dis « renvoyé », bien que le terme ne soit pas élégant et me pèse, c’est un geste que tu as accompli au détriment de ton cœur. Tu as été amenée à ce geste par ma sœur, qui est inconsidérée sous certains rapports. Mais, seule, ma petite Armelle, tu serais restée la fiancée de M. Solvit, qui est digne de toi…

Armelle sentait son courroux s’envoler, mais elle n’en était que plus embarrassée. Comment concilier le cœur et le devoir ? car elle nommait « devoir » la promesse qu'elle avait faite.

Elle s’écria, d’une voix tremblante :

— Comment voir clair dans mon chemin ?

— En ayant confiance en moi, murmura Gontran d’un accent implorant.