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de l’honneur pour un Prix de peinture, de ravaler l’hôtel des ancêtres Rollicourt. Ce fut un Rollicourt, il y a cinq cents ans, qui fit bâtir cet immeuble.

— Oui, ma tante…

Mlle de Saint-Armel ne pouvait plus se remettre à son travail. Elle dit :

— Il faut que j’aille aider ton oncle à recevoir ce peintre… Ton oncle est un homme, donc sujet à faiblesses. Il serait capable d’être trop aimable avec cet intrus, et je ne voudrais pas qu’il prît pied ici…

— Oh ! ma bonne tante, laissez mon oncle, il sait si bien dire ce qu'il faut !

— Ta ta ta !… et s’il prenait fantaisie, à cet importun, de décrocher un de nos tableaux, sous prétexte d’art, je ne suis pas certaine que mon frère ne le lui donnerait pas !

— Un de plus, un de moins, ici, cela ne s’apercevrait pas dans le nombre…

— Est-ce bien toi qui prononces de telles paroles ? Je ne reconnais pas, dans ces mots, un grand attachement pour le passé !

— Oh ! le passé, ma tante, est bien peu de chose en regard d’un présent bien vivant.

— Horreur ! mais je donnerais ma vie pour une génération de plus !

Mlle de Saint-Armel paraissait confondue d’avoir une descendante aussi peu enthousiaste de l’ancienneté de la famille.

Elle vira et volta dans la pièce pour calmer sa réprobation, puis elle répéta, en aplatissant les plis de sa robe :

— Il faut que j’aille au secours de ton oncle.

Elle disparut avant qu’Armelle pût l’en empêcher.

Elle entra doucement dans le salon où ton frère et son hôte, assis dans des