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— On raconte des choses sérieuses, mon oncle…

— Par ce beau temps ? C’est un péché. Ne voyez-vous pas que le soleil brille, que le ciel est bleu, et qu’il y a des gens qui rient ?

— Ah ! comme vous avez raison, mon oncle ! s’exclama Armelle.

— La vie est belle… et il faut la voir en beau, ainsi que les gens. Viens te promener avec moi, ma petite enfant.

— Tout de suite, mon oncle si cher…

— Armelle, tu sors trop ! s’écria Mlle de Saint-Armel aînée. Il n’est pas séant qu’une jeune fille de ton rang soit ainsi dans la rue.

— Eh ! ma bonne tante, si je dois martyriser un homme, il faut qu’il demande ma main ! et où le rencontrerais-je, si ce n’est dans la rue. Puis, sortir à pied est si charmant.

Dignement la bonne demoiselle conseilla :

— Mon frère, surveillez cette petite. Je ne sais quelle direction prend son esprit, mais je crains fort qu’elle ne devienne une de ces jeunes filles modernes dont on pense tant de mal… Avez-vous remarqué sa jupe plus courte et son col échancré ? Et puis, elle a un teint que je ne reconnais plus… ses joues sont roses, si roses… et ses lèvres deviennent de plus en plus rouges.

— C’est l’effet du printemps, ma sœur, toutes les jeunes filles s’épanouissent comme des fleurs.


VII


Armelle songeait dans sa chambre. Elle avait retiré d’un coffret la cigarette offerte par ses amies. Elle la tournait entre ses doigts, se demandant si Gontran Solvit aimait fumer.