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LE MANCHOT DE FRONTENAC

qu’elle ressembla un moment à une statue de bronze.

Cassoulet était là, souriant, son feutre à plume blanche à la main droite, sa main gauche au pommeau de sa rapière, vêtu de son uniforme gris…

— Hermine ! murmura-t-il seulement.

Ah ! cette voix… ce n’était par la voix d’un mort, mais bien la voix d’un vivant !

La jeune fille courut se jeter dans ses bras en pleurant de joie.

Cassoulet, en embrassant ses cheveux d’or, expliquait :

— Je me suis échappé, Hermine, de la cathédrale, j’ai pu gagner la maison d’amis dévoués qui m’ont soigné. Vingt fois j’ai pensé mourir. Mais, me rappelant que vous m’aviez écrit un jour « Vivez ! vivez ! vivez » j’ai voulu vivre. J’ai imploré le Ciel, j’ai demandé à Dieu de me faire vivre encore, lui promettant que je ferais votre bonheur. Et j’ai vécu. Maintenant, je viens remplir mes promesses… Hermine, Monsieur le comte de Frontenac nous attend, venez !

Et jamais la cité de Québec ne manifestera plus de joie que le lendemain de ce jour lorsque Jacques de Cassoulet se présenta devant l’autel tenant à son bras la belle Hermine Turcot.

Furent-ils heureux ? Il faut le croire, car le malheur ne s’attache pas à la vertu et à la vaillance !


FIN