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liquides placés dans des conditions déterminées et mises en présence d’un agent spécifique (ferment). La fermentation du jus de raisin produit du vin ; la fermentation des liqueurs contenant du sucre donne de l’alcool.

Au figuré : agitation de l’esprit, excitation. La misère du peuple est un ferment de révolte. Les passions se déchaînent à la suite d’une longue fermentation, provoquée par l’insolence des puissants à l’égard des malheureux. Les facteurs de fermentation révolutionnaires sont nombreux au sein de la société capitaliste, et sont alimentés par l’arbitraire qui régit les sociétés modernes. De même qu’un liquide fermenté fait parfois éclater le flacon qui le contient, l’injustice, ferment de haine, fait éclater le populaire, qui déborde des cadres de la légalité pour obtenir ce dont il a besoin. C’est alors la révolution qui était en fermentation et qui se déchaîne, entraînant avec elle et derrière elle tout le flot des parias et des opprimés.


FERTILITÉ n. f. (du latin fertilis, fertile). État, qualité de ce qui est fertile, abondant, fécond. Ce qui produit beaucoup. La fertilité d’un champ, d’un pays, d’une campagne. « Cette contrée doit sa richesse à la fertilité de son terrain ». Les pays de craie et de pierre calcaire sont beaucoup moins fertiles que ceux d’argile et de cailloux vitreux (Buffon). La terre intelligemment exploitée serait suffisamment fertile pour nourrir tous ses habitants ; et, s’il existe des hommes qui sont dans le plus complet des dénuements, c’est que sa fertilité est entravée par les accapareurs, les spéculateurs et les oisifs.

Au figuré : qui produit abondamment. La fertilité d’un écrivain ; la fertilité d’une matière, d’un sujet, c’est-à-dire qui prête au développement. Une grande fertilité d’esprit ; la fertilité de l’imagination. Au figuré et surtout en ce qui concerne le travail de l’intelligence, fertilité est synonyme d’abondance et de fécondité, mais ne suppose pas qualité supérieure. Il est quantité d’écrivains et de littérateurs qui sont très fertiles, mais dont la qualité de l’œuvre est détestable. Il est peu d’individus qui produisent beaucoup et bien, et des hommes possédant une fertilité semblable à celle d’un Voltaire ou d’un Hugo sont excessivement rares.


FERVEUR n. f. (du latin fervor, chaleur). Zèle, ardeur, pour les exercices de piété, de dévotion et de charité. Prier avec ferveur. La ferveur n’est pas, comme on pourrait le croire, une manifestation de la sincérité de celui qui s’y livre, et les marques de dévotion ne sont souvent que de l’hypocrisie. En matière religieuse, lorsque la ferveur est sincère, elle signale alors un fanatisme étroit et un esprit rétrograde.

Au figuré, on donne le nom de ferveur à toute ardeur extrême, aux sentiments qui portent au dévouement de soi en faveur d’une chose, d’un objet, d’une idée. Étudier avec ferveur. Défendre une idée avec ferveur, avec passion. Combattre avec ferveur ; lutter avec ferveur. Soutenir une cause avec ferveur. La ferveur est une qualité qui appartient à la jeunesse, car lorsque l’on avance en âge on acquiert un esprit de modération, et la ferveur se refroidit. C’est sans doute la raison pour laquelle les grands mouvements historiques et sociaux furent en tous les temps déclenchés par des hommes jeunes. La ferveur n’est cependant pas un signe et une preuve de vérité, et l’on peut avec ferveur — c’est ce qui se produit fréquemment — se dévouer pour une cause injuste et erronée. Il est donc sage, avant de se jeter dans une bataille quelconque, de s’assurer de son utilité, pour ne pas agir aveuglément et sans but.


FÉTICHISME n. m. (de fétiche). Les fétiches sont des idoles grossières, des animaux, des pierres, des

arbres, auxquels la superstition et la crainte prêtent une certaine puissance, et qui sont adorés comme des dieux par les « sauvages ». Le fétichisme est le culte des fétiches. Le fétichisme est très répandu en Orient, et surtout dans le centre de l’Afrique, parmi les populations nègres. S’il est vrai que « le fétichisme est la première religion des hommes encore dans l’enfance de l’intelligence » (Virey), il faut en conclure que l’intelligence de l’humanité prise en son ensemble n’a que peu sensiblement évolué, car les peuples modernes sont tout autant que les peuples des premiers âges imbus de fétichisme. Les fétiches ont changé, mais l’esprit d’adoration est resté le même. Quelle différence y a-t-il entre ce chrétien civilisé qui adore l’image de la vierge, ou qui égrène son chapelet, et ce nègre du Dahomey qui réclame l’assistance d’un petit monstre en pierre pour chasser les génies invisibles et malfaisants ? Y a-t-il plus d’intelligence chez ce juif moderne qui se couvre, pour faire ses prières, d’une écharpe appelée taleth, et dont il embrasse les franges avec adoration, que chez cet habitant de l’Asie centrale qui n’a pas encore été touché par les progrès de la science ? Chez les uns comme chez les autres, ce fétichisme est une marque indélébile d’ignorance. Cette adoration aveugle des fétiches déborde même des cadres de la religion. Le peuple est imbu de fétichisme et ses superstitions se manifestent également sur le terrain politique et social. Il n’adore plus les fleuves, les rivières et les morceaux de bois, mais il se découvre avec piété devant un morceau de chiffon. Le drapeau est un fétiche devant lequel il courbe le genou, et pour lequel il s’est fait, se fait et se fera encore tuer. « Ce qui distingue le fétichisme de l’idolâtrie, nous dit le Larousse, c’est que les idoles ne sont, au moins pour la partie éclairée de leurs adorateurs, qu’une représentation de la divinité, un symbole au-dessus duquel plane l’esprit divin ». Question de nuances sans aucune importance en regard du résultat. Que le fétiche soit considéré comme une divinité ou comme le représentant ou le symbole de cette divinité, le fétichisme n’en est pas moins absurde, ridicule, et la vénération d’un être ou d’un objet dont le pouvoir est purement imaginaire est un facteur de régression sociale.

Le culte des fétiches subsiste encore dans les nations qui se parent d’un vernis de civilisation, et c’est ce qui permet toutes les spéculations honteuses de la religion et de la politique qui visent au même but : l’asservissement du peuple. Il faut combattre tous les fétichismes, ce sont des sources d’abrutissement et d’esclavage.


FEU n. m. (du latin focus, foyer). Le feu est un phénomène calorique ou lumineux produit par la combustion de certains corps. Un feu de charbon, un feu de paille, un feu de bois. Selon la légende, c’est Prométhée qui, après avoir dérobé le feu du ciel pour animer l’homme formé du limon de la terre, enseigna à celui-ci l’usage du feu. Le feu était considéré par les anciens comme possédant des facultés créatrices, et était adoré par un grand nombre de peuples. Les Perses en faisaient la base de leur religion et lui vouaient un véritable culte. Le soleil était à leurs yeux le symbole du feu pur, ils le saluaient chaque matin et, dans leurs sanctuaires, ils entretenaient un feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre.

Les usages du feu sont multiples, et son utilité n’est plus à signaler. Pour obtenir du feu, on était obligé, dans le passé, de battre le briquet. Le progrès de la chimie a mis fin à cet exercice. Depuis 1809, le feu s’obtient avec facilité par le frottement des allumettes chimiques.

Allumer du feu, attiser le feu, faire du feu, un grand