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UN MOT

« Quoi ! me dis-je ; voilà donc la récompense des traducteurs ? L’oubli ! En littérature, est-ce que les originaux sont tout ? les copies ne sont-elles rien ! C’est donc cela qu’on réserve à nos études, à nos travaux, à cette persistance, qui n’est pas des plus communes ? Le silence ! On ne se demandera pas quel était le nom de ce ruisseau, qui a réfléchi dans ses ondes l’image de Vyâsa ? On ne se dira point un jour : « Comment s’appelait-il, ce peintre, qui a copié cette grande toile, où se développent toutes les scènes variées du long poème de Krishna-Dwaîpâyana ? »

» Il semblera tout simple et presque naturel que celle épopée aux mille branches ait poussé d’elle-même en français comme une graine de l’Inde, tombée par aventure dans la terre et sous le soleil de France ! »

Il nous prit alors un immense dégoût de nous-même, un cuisant regret de nous être engagé dans ce pénible travail, que nous regardions alors avec dédain et que nous appelions ingrat ! Je me couchai de dépit avant l’heure, où l’on allume sa bougie. Je posai ma tête sur l’oreiller, et je voulus continuer à promener mon esprit dans ces tristes pensées.

Mais aussitôt mon sommeil d’enfant vint clore ma paupière, éteindre mes idées, me verser, comme à l’ordinaire, les douceurs d’une nuit paisible, et le lendemain à mon réveil j’avais retrouvé ma force, ma vaillance, mon sourire au travail, et je couchais