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et il s’en faut, tout à fait opposés l’un à l’autre ; mais il faut reconnaître que, malheureusement, ils ne sont pas tout à fait d’accord. Ce qui est le but d’un petit Etat ne peut pas tout à fait être réalisé par le grand, précisément parce qu’il est grand. Il n’y a pas un très grand inconvénient dans un petit Etat à ce que tout, ou presque tout, soit fait par l’Etat lui-même. Ces gens qui forment une fratrie sur un territoire de dix ou vingt ou trente kilomètres carrés, ils ont, je l’ai dit, même caractère, mêmes habitudes de vie, même religion, le plus souvent, même langue et même façon de la prononcer. Quel inconvénient à ce qu’ils prennent en commun, touchant religion, enseignement, mœurs même et conduite privée, des mesures qui, étant donné que tout le monde pense de même, ne blesseront absolument personne ? Il n’y a quasi aucun inconvénient à cela. Dans les très petits Etats le despotisme est légitime, parce qu’il est insensible. Je ne dis pas qu’il soit bon, qu’il soit beau, ni qu’il soit fécond. Il n’est jamais rien de tout cela ; mais il est légitime ; parce que presque personne n’en souffre et qu’il peut dire : « Qui est-ce que je blesse ? »

Dans un grand Etat, au contraire, établirez— vous, par exemple, des lois somptuaires, qui seront très conformes aux habitudes des paysans et qui seront insupportables aux habitants des villes ? Etablirez-vous des lois religieuses qui seront la codification