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par clan. Ce n’est qu’un agrandissement, qu’une extension de la famille. Ils s’associent pour bâtir un pont, pour défricher une forêt, pour dessécher un marais, pour contenir dans le devoir quelques mauvais drôles qui sont dans la contrée ; ils nomment un ou plusieurs magistrats pour régler leurs différends selon la justice, ou plutôt pour que les différends cessent, ce qui est le vrai rôle de la magistrature ; ils se trouvent bien ainsi et ils y restent. Ils n’ont pas tort ; même s’ils ne sont menacés par rien. La paix intérieure est plus grande, et quelques plaisirs qui naissent d’une communauté plus étendue que celle de la famille sont inventés.

Mais cela, ce n’est pas la société, c’est le voisinage organisé. La société réelle, la société proprement dite, c’est-à-dire l’association entre eux d’hommes qui ne se connaissent pas et qui ne se connaîtront jamais et qui n’ont aucune raison d’obéir aux mêmes lois et aux mêmes chefs, celle-là elle ne naît que de la nécessité de se défendre contre un ennemi présent, menaçant, soupçonné ou possible ; ou plutôt elle naît comme elle peut, par conquête, par agglutination fortuite, mais elle ne se maintient, et par conséquent c’est là, sinon son origine, du moins son principe, que par la crainte de l’ennemi extérieur.

Si les hommes étaient pacifiques, il n’existerait pas de sociétés, il n’existerait pas de patrie. Quand