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Voilà comment, aux temps modernes, patriotisme et libéralisme s’enchaînent étroitement et ne font qu’un. Dans l’ancien régime le despotisme, accepté de tous, était le patriotisme ramassé en un seul homme. Aujourd’hui l’esprit despotique n’est et ne peut être que l’esprit d’un parti, d’un autre ou d’un troisième, qui veut imposer à toute une nation sa façon de penser, ou bien plutôt qui veut exploiter toute la nation à son exclusif profit. Je n’en vois ni la nécessité ni l’avantage et je ne suis d’aucun parti. Tout parti est un syndicat qui sait ou sent vaguement que l’intérêt du pays est la liberté, mais qui, sachant et sentant mieux encore que son intérêt à lui est dans le despotisme, préfère délibérément son intérêt à celui du pays et se préfère délibérément lui-même à la nation. Je n’en vois ni la nécessité ni l’avantage et je ne suis d’aucun parti. Tout homme de parti est, quelquefois sans le savoir, un antilibéral et un antipatriote ; est, quelquefois sans le savoir, disons le plus souvent sans le savoir, un ennemi à la fois de la liberté et du pays. Le libéralisme consiste à mépriser profondément tous les partis, excepté le parti libéral s’il arrive à exister, à n’aimer que la patrie et la liberté, la patrie pour elle-même et parce qu’elle a enseigné la liberté au monde, la liberté pour elle-même et parce qu’elle seule peut rendre la patrie forte et aimable, et grande — grande non pas pour dix ou quinze années éclatantes, mais pour toujours.