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évident qu’ils garderont facilement leurs conquêtes, c’est aussi, parce qu’il n’est pas très dur à un homme, quel qu’il soit et si attaché qu’il soit à son ancienne patrie, de devenir citoyen libre de la république la plus libre qui soit au monde. Qu’a-t-il à regretter ? Au point de vue sentimental beaucoup de choses, et la blessure sera vive au premier jour. Mais elle sera vite cicatrisée, parce qu’au point de vue de sa dignité d’homme et de sa liberté de citoyen, il n’a rien à regretter du tout et se trouve au contraire dans une situation meilleure.

C’est pour cela que les peuples qui se traînent dans les vieilles ornières boueuses du despotisme sont condamnés, d’abord à ne pas s’agrandir, n’exerçant aucune de ces attractions qui facilitent les conquêtes et presque les justifient ; ensuite sont condamnés à s’affaiblir et à décroître, faisant cette folie de créer des étrangers à l’intérieur et des hommes qui au sein de l’Etat n’aiment point l’Etat ; enfin, ainsi affaiblis et dissociés, sont condamnés à être la proie d’un ou plusieurs vainqueurs, avides, habiles ou heureux.

C’est ainsi qu’en dernière analyse le libéralisme, s’il est de la justice, s’il est de la charité, s’il est la vérité sociale, est aussi du patriotisme. Aux temps modernes, le libéralisme et le patriotisme se confondent. Le libéralisme c’est le patriotisme lui-même. Il ne l’a pas toujours été, non ; et c’est de cela qu’on abuse pour crier haro sur le libéralisme