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raisonne, et le « pourquoi » intervient. Il est probable que le gouvernement actuel de la République française ne demande pas aux citoyens qu’ils lui obéissent par amour pour lui, par religion à l’égard de M. le Président de la République ou par dévotion à l’égard de M. le président du conseil.

Dès lors l’amour dans le despotisme n’existe plus ; mais l’amour dans la liberté peut exister. Dès lors le citoyen demandera : « Pourquoi obéir ? » Et toutes les fois que vous lui démontrerez que c’est dans l’intérêt évident de tout le monde, que c’est dans l’intérêt du bon ordre à l’intérieur ou de la défense à l’étranger, il obéira. Toutes les fois qu’il verra bien que c’est dans l’intérêt du gouvernement seul, c’est-à-dire d’un parti, il obéira, s’il le faut, mais avec irritation et sourde résistance, en sentant qu’il est lésé, qu’on abuse de lui, qu’on abuse contre lui de la force, qu’on le vole ; car c’est exactement la vérité ; qu’on soustrait au profit, non de tous, ce qu’il accepte, mais d’un groupe, d’une coterie, d’une camarilla, d’un syndicat, une portion de ses forces, de son bien et de son être. Résultat : il se désaffectionnera de l’Etat, comme on se désaffectionne d’une société financière où l’on est lésé au profit des directeurs.

Or l’Etat a besoin d’être aimé pour être fort. Si l’on croit que c’est fortifier l’Etat que de lui aliéner des provinces entières qui estiment, à tort ou à raison, qu’il faut donner aux enfants une