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parole, par la plume, par la propagande, par la pression, par l’intimidation, par la corruption, chaque parti faisant tous ses efforts pour diminuer les forces du parti contraire. C’est la guerre civile, régularisée, donc adoucie.

Au point de vue moral, cela a toutes sortes d’effets assez mauvais, dont je ne parlerai pas ici. Au point de vue politique, cela partage la nation en deux grands partis, l’un celui qui a la majorité, l’autre qui est tous les autres réunis en un seul. Or, celui qui a la majorité n’est jamais libéral, n’ayant aucun besoin de la liberté. L’autre est toujours libéral, ayant besoin de liberté, des libertés, de toutes les libertés, pour sa propagande, pour son combat de parole, de presse, de réunion, d’association, de ligues, pour toute la campagne qu’il a à faire. De là ces revirements qui amusent les plaisants : tout homme est libéral une fois au moins en sa vie, quand il est battu ; tout parti est tour à tour libéral et autoritaire ; si l’on ne veut pas changer de parti, il faut souvent changer d’opinion ; si l’on ne veut pas changer d’opinion, il faut sans cesse changer de parti, etc.

Dans ces conditions, le parti qui est en majorité trouve toujours qu’il y a trop de liberté dans le pays et pousse furieusement à la destruction de tout droit de l’homme qui y peut subsister encore. Il ne trouve jamais qu’il ait assez d’armes dans la main ; il trouve toujours que son adversaire en a beaucoup