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la chose n’a lieu partout ailleurs ; d’autre part, que le millionnaire américain n’obéit point dans le cours de ses destinées à des sentiments égalitaires comme fait le millionnaire français et européen. Le millionnaire européen, une fois devenu millionnaire suffisamment, s’arrête. Fils de millionnaire, il ne commence pas. Il semble que la fortune acquise doive se dépenser, se dissiper, soit par la prodigalité, soit par le non-accroissement. Le riche serait méprisé, notez bien cela, et se mépriserait un peu lui-même, s’il travaillait à l’accroissement d’une fortune déjà imposante. Cela veut dire que le riche Européen a ce sentiment vague que l’inégalité qui s’est créée doit disparaître, n’être qu’accidentelle, ne durer qu’une ou deux générations ; ou plutôt, ce qui est bien plus fort, cela veut dire qu’il vit dans un pays où règne ce sentiment-là et que, lui, il en reçoit la contagion ou est forcé par l’état des mœurs et par l’état des esprits à s’y conformer.

Or l’Américain n’a ni ces scrupules, ni ces délicatesses, ni ces pudeurs, ni ne trouve autour de lui une opinion qui les lui inspire ou les lui impose. Pauvre, il s’enrichit ; riche, il s’enrichit encore ; fils d’enrichi, il se surenrichit ; cela sans trêve, sans aucun relâche, comme sans aucun remords, et il ne trouve personne pour l’en blâmer, et il trouve presque tout le monde pour l’en admirer. Je n’examine point la chose au point de vue moral pour le