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qui ait une idée juste et qu’il n’y a que lui qui ait le sens commun, et que, par conséquent, il est absolument inutile et même nuisible, parce que c’est du temps perdu, de consulter les particuliers. N’est-ce pas un peu exagéré ? En reconnaissant que le gouvernement a des grâces particulières et qu’il est presque impossible qu’il se trompe, ne peut-on pas admettre ou supposer qu’une fois sur mille une idée que le gouvernement n’a pas eue est la vérité ? Cette vérité, n’est-il pas utile de la connaître ? C’est dans la multitude des paroles dites en vertu de la liberté de la parole que vous pourrez démêler cette vérité.

Ce qui est utile au gouvernement, c’est de connaître la situation. Or, il ne la connaît pas par ses serviteurs et ses agents, ceux-ci ayant un intérêt personnel a le flatter plutôt qu’à l’instruire. Un homme qui existe encore et qui était sous-préfet de 1870 à 1880, fit un rapport qu’on lui demandait sur l’état des esprits dans son arrondissement, et le porta à son préfet. Le préfet le lut et lui dit, en bon confrère : « Vous dites la vérité au gouvernement. Donnez votre démission et faites-vous journaliste. » Mon ami donna sa démission et se fit journaliste. Il l’est encore. Cela prouve que les journalistes sont nécessaires. Les journalistes sont des gens qui ne sont pas sous-préfets, parce qu’ils ont le goût de dire la vérité au gouvernement.

Le gouvernement ne sait donc jamais la vérité