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preuves, d’arguments et de développements. Arnauld, s’il avait été privé absolument du droit de parler, aurait pu devenir un dangereux conspirateur. Sachant, malgré les gènes, que sa pensée arriverait toujours à tout le monde, il a écrit quatre-vingts volumes et n’a jamais conspiré. J’écris, dans un pays où la liberté d’écrire est assez grande, en faveur d’autres libertés qui me sont chères, et de quelques idées générales auxquelles je tiens. J’ai écrit ainsi déjà trois ou quatre volumes. Je n’ai pas réussi du tout. Cela me donne uniquement la démangeaison d’écrire celui-ci, et l’insuccès de celui-ci me donnera la fureur d’en écrire dix autres. Si je n’avais pas le droit de parler, je ne sais pas ce que je serais devenu ou ce que je serais menacé de devenir.

Les inconvénients résultant de la parole s’exerçant me paraissent donc beaucoup moindres que ceux de la parole réprimée et par conséquent l’Etat n’ayant que le choix entre la parole étouffée ou la parole libre, me paraît n’avoir rien à craindre de la parole libre, en ce sens qu’il aurait beaucoup plus à craindre de la parole étouffée.

Je dis, de plus, que l’Etat a même des avantages à retirer de la liberté de la parole ; car il est bon que tous les avis soient ouverts pour choisir le meilleur ou le moins mauvais. L’Etat, c’est-à-dire le gouvernement, quel qu’il soit, a toujours cette idée arrêtée et indéracinable, qu’il n’y a que lui