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CHAPITRE VI

DE LA LIBERTÉ DE PENSER

Il n’y a pas une très grande différence entre la liberté de penser et la liberté de parler, d’écrire. Cependant il faut les distinguer pour plus de précision dans le compte rendu.

La liberté de penser, séparée de la liberté de parler et d’écrire, semble être insaisissable et ne rien craindre du plus affreux despotisme. Si je pense sans le dire, même aux roseaux, et sans l’écrire, même sur l’eau, que Midas a des oreilles d’âne, personne au monde ne peut m’en empêcher, et donc la liberté de penser existe toujours.

Ce n’est pas une grande erreur ; mais c’est une erreur. Le despotisme, soit monarchique, soit aristocratique, soit populaire, peut toucher même à la liberté de penser sans manifestation de la pensée et lui faire épouvantablement violence. Il suffit que, dans la nation, quelqu’un parle ou quelqu’un écrive, pour que celui qui pense sans écrire et sans parler, puisse être molesté. Car alors on peut le forcer à écrire ou à parler contre sa pensée, et sa pensée silencieuse de tout à l’heure est violée. S’il y a des jansénistes dans le pays que j’habite, à ma façon de