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CHAPITRE XIV.
L’APPARITION.


Franz se jeta, par un mouvement de générosité irréfléchie, entre l’énorme masse et la jeune fille, comme s’il eût voulu la protéger contre un péril que nulle force humaine ne pouvait conjurer.

En quittant la base, où elle avait gardé, durant des siècles, son tremblant équilibre, la roche, surnommée la Tête-du-Nègre, fit deux ou trois tours sur elle-même avec une sorte de lenteur ; puis, sa vitesse, multipliée suivant la loi des distances parcourues, devint semblable à celle d’un boulet de canon.

Elle bondit sur la rampe, écrasant tout sur son passage.

Si Franz n’eût point quitté la place qu’il occupait naguère, pour se jeter, avec sa vaillance étourdie, au-devant de Gertraud, il eût été littéralement anéanti…

La Tête-du-Nègre roula en effet, rapide comme la foudre, à l’endroit même où il se tenait naguère debout, et broya, sous son poids énorme, les gros pavés qui défendaient le seuil de la cabane.

Elle continua sa route impétueuse vers le fond de la vallée, déracinant d’autres roches en chemin et brisant, comme autant de brins de paille, les vieux troncs de pins épars sur la descente.