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CHAPITRE V.
LE CARREAU DU TEMPLE.


On n’entendait sur la place de la Rotonde ni le râle furieux d’Araby, ni la plainte de la petite Galifarde.

Si l’on eût entendu, personne ne se fût dérangé assurément. Le Temple est philosophe et laisse faire ; d’ailleurs le Code est précis à cet égard, et porte en argot choisi :

« Tout dâb a le droit de donner du tabac à son galifard[1]. »

Et comme ces pauvres créatures ne sont pas des nègres, aucun poëte académique, aucun député païen, larmoyant et philanthrope, n’a encore pris la spécialité de pleurer sur leur sort.

Ce sont des Français et des citoyens, malgré leur jeune âge ; n’ont-ils pas le droit magnifique de quitter le tyran qui les opprime et d’aller mourir de faim sur le trottoir ?…

Ce matin, sur le Carreau, on n’avait pas vraiment le temps de s’occuper de bagatelles. Les affaires allaient supérieurement, et la langue du Temple, si riche en métaphores imprévues, manquait de formules pour exprimer la joie de chacun. On vendait, on achetait, on essayait, on marchandait. Le péristyle de la Rotonde, paré de ses plus belles loques, lut-

  1. Voir la deuxième partie, LA ROTONDE DU TEMPLE.