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ne craindrez plus rien, car le château s’écroulera sur nous, et les pierres en sont lourdes.

Un frisson parcourut l’assemblée, et les lèvres blêmies de maître Blasius ne trouvèrent point de paroles pour gourmander l’audace de l’écuyer.

Pendant le silence qui suivit cette lugubre menace, la porte de la salle s’ouvrit et Zachœus parut sur le seuil. Il était suivi de meinherr Van-Praët.

La vue du Hollandais, dont l’excellente et large figure ne cessait guère de sourire, causait toujours aux gens de la maison de Bluthaupt un sentiment d’insurmontable frayeur. C’était lui qui entretenait le feu au sommet du donjon diabolique ; c’était lui qui servait d’intermédiaire entre le vieux comte et l’enfer.

Sa présence en un pareil moment porta au comble la terreur de l’assemblée. Bien que son aspect n’eût absolument rien d’infernal, toutes les femmes se couvrirent le visage, afin de ne point le voir, et dame Desideria recommença ses signes de croix protecteurs.

Les hommes se bornèrent à lui jeter en dessous des regards sombres, où il y avait presque autant de haine que de crainte.

— Maitre Blasius, dit Zachœus au principal domestique ou officier de Bluthaupt, — vous allez servir le souper de notre gracieux seigneur dans la chambre de la comtesse… Quant au mien, faites-le porter à l’instant même, je vous prie, dans mon appartement.

Blasius s’inclina.

— Allons, mes enfants, reprit Zachœus, en essayant de donner à son visage immobile une expression de cordial contentement, — voilà une joyeuse nuit !

— Une joyeuse nuit, mes enfants ! répéta le gros Van-Praët.

L’assemblée demeurait morne et muette.

Fritz eut le frisson dans son coin. — La scène de la Hœlle passa devant ses yeux. — Son oreille frappée entendit le cri d’agonie.

— Une joyeuse nuit !… murmura-t-il, tandis que la fièvre froide faisait claquer ses dents.

— Votre seigneur, poursuivit Zachœus, — veut que vous vous réjouissiez comme de bons serviteurs, pour fêter la venue de son noble hé-