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— De mademoiselle d’Audemer ?… dit Rodach vivement. Vous l’avais-je donc nommée ? demanda le chevalier ; — précisément… C’est de mademoiselle d’Audemer qu’il devint amoureux… Je crois, Dieu me pardonne, que la petite demoiselle n’était pas sans le trouver joli garçon. C’était dangereux ; je me gardai bien d’en parler à la vicomtesse, car la chère femme était si simple, qu’elle eût été capable de prendre les deux jouvenceaux par la main et de les marier bel et bien… Ce fut sur Franz lui-même que je voulus agir.

« Il y avait place pour lui dans la maison de Van-Praët ou dans celle de notre camarade Yanos, et je résolus de l’éloigner de Paris.

» Un soir, après l’heure des bureaux, je me rendis dans le petit appartement qu’il occupait rue d’Anjou ; il n’était pas encore rentré. La portière de sa maison me laissa monter de confiance, et je m’introduisis dans sa chambre à coucher.

» Maître Franz était joueur. Ses appointements ne lui profitaient guère, et son logis n’avait pas grande mine. Je m’assis pour l’attendre. Tout en l’attendant, et sans penser à mal, je faisais l’inventaire de son petit mobilier.

» Tout à coup mes regards s’arrêtent sur un médaillon, large comme une pièce de cinq francs, qui brillait, pendu à la muraille, dans la ruelle de son lit.

» Dans ce médaillon, il y avait une peinture que je pris pour le portrait de mademoiselle d’Audemer.

» Je me trompais. — Quand vous verrez Denise, si vous avez gardé souvenir de la comtesse Margarethe, vous comprendrez qu’on pouvait se tromper à moins. Denise a tout le visage de sa tante, et le portrait était celui de la comtesse Margarethe.

» Je reconnus même autour de la peinture une boucle de cheveux blonds qui ne pouvait avoir appartenu qu’à la comtesse ou à sa sœur Hélène, car vous savez combien elles se ressemblaient toutes deux au temps de la jeunesse.

— Comme tout ce qui sort de la souche de Bluthaupt, interrompit le baron d’un ton indifférent ; — moi-même qui descends par les femmes d’une comtesse de Bluthaupt, épouse de mon aïeul Albert de Rodach, on dit que j’ai pour un peu les traits de la famille.