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Il leur semblait que le baron avait absolument les mêmes intérêts qu’eux, et c’était là leur espoir.

Le baron se présentait aux lieu et place du patricien Zachœus, ancien associé de la maison ; les ennemis de la maison étaient par conséquent ceux de M. le baron, et quels que fussent ses sentiments personnels, il ne pouvait être pour Geldberg qu’un allié.

Ce passé, qu’il paraissait connaître, et que les allusions de sa parole avaient effleuré, appartenait à Zachœus Nesmer, comme à Geldberg et compagnie ; les deux fortunes avaient une source pareille, et la position même du baron de Rodach le faisait en quelque sorte solidaire de ce passé commun.

Restait la question de savoir jusqu’à quel point M. de Rodach était bien véritablement le représentant de la succession Nesmer. De ce fait, il n’avait apporté d’autres preuves que son dire et les traites qui étaient en sa possession. Les associés n’avaient jamais entendu parler de ce neveu de Zachœus, dont Rodach se prétendait le tuteur ; mais il faut bien convenir que le moment eût été mal choisi pour exiger rigoureusement des explications qu’on ne leur offrait point.

Le baron avait trop d’avantages. D’ailleurs, il offrait la paix ; ce n’était pas le moment de soulever un cas de guerre. Tant qu’il s’agissait seulement de recevoir son argent et d’user de son influence offerte, on pouvait bien fermer les yeux quelque peu, sauf à les rouvrir plus tard, en temps opportun.

À tout prendre, si le baron portait avec lui une crainte, sa présence inattendue amenait aussi des espoirs. Sa conduite semblait annoncer un esprit confiant et prodigue ; chacun des associés se promettait de le sonder en tête à tête, et chacun espérait faire servir le hasard de cette arrivée à son intérêt particulier.

Pour toutes ces causes, il y avait dans cette entrevue, dont le début annonçait une bataille, une sorte de cordialité tût venue, étrange quant au résultat, explicable quant aux causes.

Depuis le peu de temps qu’elle durait, les trois associés avaient fait bien du chemin. On n’eût retrouvé sur leurs visages affables nulle trace de ce mépris hostile qui avait accueilli l’entrée de Rodach, nulle trace de l’effroi qui avait suivi la première surprise.