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CHAPITRE XV.
LA PREMIERE LETTRE.


Abel de Geldberg n’avait point les mêmes motifs que ses associés pour accepter l’intervention forcée de M. le baron de Rodach. Il n’y avait aucune menace dans son passé, et sa conscience ne gardait d’autre charge que les peccadilles, communes à tous les fils du commerce.

Néanmoins, il ne songeait déjà plus à se révolter. Les traites renfermées dans le portefeuille de Rodach étaient, à elles seules, une arme suffisante. Le jeune M. de Geldberg devinait d’ailleurs vaguement qu’il y avait entre la maison et Rodach un secret qui doublait la portée de cette arme. Enfin, le baron, qui aurait pu frapper, se donnait au contraire un rôle de sauveur ; Abel voyait en lui un associé nouveau, qui pourrait diminuer sa part de bénéfice dans l’avenir, mais qui était, pour le présent, une manière de providence.

Loin de nourrir des pensées hostiles contre le nouveau venu, Abel songeait à l’utiliser pour son propre compte et à s’appuyer sur lui de son mieux.

Reinhold et le docteur avaient à peu près des idées pareilles. Ils avaient, en outre, la conscience entière de leur sujétion, et de l’impuissance où ils étaient de combattre avec espoir de vaincre.