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— Cartes sur table, s’il vous plaît ! interrompit le baron, qui changea de ton tout à coup ; — j’en sais aussi long que vous-même sur la maison de Geldberg, qui peut m’avoir, à son choix, pour ami ou pour ennemi.

Reinhold et Mira le regardèrent avec une visible épouvante. Abel de Geldberg ne comprenait plus.

Rodach tira de sa poche un portefeuille, et y prit vingt billets de banque qu’il mit sur la cheminée.

— Veuillez sonner, monsieur de Geldberg, dit-il, et envoyez cet argent à la caisse.

Abel obéit machinalement.

Un domestique entra, qui emporta les vingt billets.

Le baron ouvrit un autre pli de son portefeuille, et y choisit quatre ou cinq bandes de papier, froissées par d’innombrables attouchements.

— Je dois vous avouer, poursuivit-il, que je ne m’attendais pas, en arrivant ici, à trouver la maison dans un si triste état… Je venais pour toucher à la caisse de Geldberg cent trente mille francs de traites exigibles, que voici.

— Cent trente mille francs ! répétèrent en chœur les trois associés.

— Échéance de mars dernier, continua le baron de Rodach, présentées et non payées… Je possède, en outre, des traites pour une somme double, exigibles au 1er mars prochain.

— Mais nous étions en compte avec Zachœus Nesmer, notre ami, s’écria Reinhold, — et ces effets ne représentent point une dette réelle !…

— S’il y a procès, répliqua froidement le baron, — vous ferez valoir vos moyens, mes chers Messieurs… mais, pour le moment ne vous préoccupez point de cela, l’héritier de Zachœus peut attendre, et son intérêt, comme le mien, est de soutenir la maison de Geldberg.

— Le vôtre ?… murmura le docteur.

— Il vous souvient sans doute, Messieurs, reprit Rodach en fermant son portefeuille, — d’une lettre que vous reçûtes il y a un an, à peu près six semaines après la mort du patricien Zachœus Nesmer… Cette lettre vous annonçait la vente du baron de Rodach, qui avait eu la confiance du patricien Nesmer durant sa vie, et qui se trouvait chargé des intérêts de la succession…