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souffle fait évanouir, et à mille autres choses fragiles, insaisissables.

Mais si, par le plus grand de tous les hasards, un poëte, à bout de sujets, allait s’imaginer de parler commerce, où irait-il, bon Dieu ! chercher ses comparaisons ?…

La maison de Geldberg était forte encore et n’avait point à beaucoup près épuisé ses ressources ; mais depuis longtemps déjà elle marchait de crise en crise. L’incroyable conduite de ses chefs, qui tiraient chacun à soi et se livraient à une sorte de pillage organisé, la précipitait vers une catastrophe plus ou moins éloignée, et il fallait, pour la sauver, un de ces miracles industriels que la Bourse opère volontiers de nos jours.

Positivement, les trois associés comptaient sur ce miracle ; mais il fallait attendre et vivre.

Or, au milieu des embarras qui l’accablaient, la maison suivait un train pénible et n’existait que par son incomparable crédit. Ce que nous avons dit touchant la réputation commerciale était vrai pour elle encore plus que pour toute autre ; le moindre signe de faiblesse pouvait la perdre : elle était littéralement à la merci d’un mot.

Ce mot, les associés eux-mêmes venaient de le prononcer, et il s’était trouvé des oreilles étrangères pour l’entendre !

Qu’on juge si M. le baron de Rodach, apparaissant tout à coup au milieu de leur entretien confidentiel, devait être le bienvenu !…

Ils avaient travaillé comme il faut dans la matinée. Les fondements d’une entreprise gigantesque avaient été jetés ; cela marchait ; la Compagnie des grands propriétaires était déjà plus qu’un mot. On allait en parler à la Bourse, et du premier coup, les promesses d’actions devaient se coter en prime.

Ceci était immanquable, parce que, à part son immense crédit commercial, la maison de Geldberg avait de bonnes accointances et donnait pour l’adjudication prochaine de légitimes espoirs.

Des rumeurs habilement jetées touchant cette fête babylonienne promise au beau monde de Paris, dans un vieux château d’Allemagne, arrivaient juste à point pour faire parler de l’énorme fortune de Geldberg.

Le crédit est quelque chose, mais rien ne vaut les immeubles, et la maison dont on peut dire : « Elle possède un domaine qui formait au-