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— Et moi grommela le docteur de mauvaise grâce, — j’ai pris le reste cette nuit.

— Avec un système pareil, s’écria le chevalier qui éclata de rire, — il est de fait que l’état de caissier doit être rempli de déceptions !… Mais avisons, Messieurs, poursuivit-il plus sérieusement, — il ne faut pas jouer avec le crédit, et, si Moreau sort de chez nous, bien des petites choses seront connues.

— On ne peut empêcher les chefs d’une maison, objecta le docteur, — de puiser à leur propre caisse…

— Ceci est une question, répliqua Regnault ; je sais pour et contre de bonnes raisons… Mais il s’agit maintenant des vingt mille francs qui manquent à la caisse et qu’on peut venir réclamer d’un instant à l’autre… Allons, faites appel à votre Imaginative, mes chers associés… Avez-vous un moyen de vous procurer à l’instant cette somme ?

Le docteur et Abel firent semblant de réfléchir.

— Je connais le vieux Moreau, dit enfin Abel, et je parie que la somme est dans son tiroir… Tout cela est pour nous effrayer…

— Mais, si c’était sérieux ?…

— Eh bien, empruntons, parbleu !

— À qui ? demanda Regnault.

— Nous avons des amis…

— Sans doute ; mais en ces circonstances, il faudrait avoir ses amis sous la main.

Au moment où le docteur Mira ouvrait la bouche pour placer son mot, il se fit un léger bruit du côté de la porte. Les trois associés se tournèrent à la fois dans cette direction, et demeurèrent ébahis à la vue d’un personnage inconnu qui se tenait sur le seuil.

Celui-ci les salua gravement.

— Messieurs, dit-il, le hasard vous sert à souhait… vous avez besoin d’un ami : me voilà !


FIN DU PREMIER VOLUME.