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des !… Vous me demandiez tout à l’heure pourquoi je suis montè ; j’ai longtemps hésité à vous le dire, Messieurs, car voilà vingt ans que je sers la maison de Geldberg, et il me semble que sa prospérité m’est plus chère que ma propre vie…

Le vieux commis s’arrêta, et Rodach, qui suivait cette scène avec un intérêt croissant, crut voir les yeux de Moreau battre et se baisser, comme si son émotion allait jusqu’aux larmes.

— Remettez-vous, mon brave ami, dit le chevalier de Reinhold, d’un ton de haute protection ; — nous sommes prêts à convenir que vous êtes un digne et fidèle serviteur.

— Oui, oui, monsieur le chevalier, je suis un serviteur fidèle, reprit le caissier, dont la voix, retrouva de l’assurance, et c’est pour cela que je dois vous parler sans détour… La maison marche à sa ruine ; je ne veux pas y assister, et, s’il ne vous convient point de me remettre à l’instant même vos comptes particuliers et les clefs de la caisse que vous avez gardées depuis la retraite de M. de Geldberg le père, je vais prendre congé de vous à l’instant même, en vous priant de chercher un autre caissier.

M. Moreau remit son livre sous son bras, salua respectueusement et sortit.

Les trois associés restèrent seuls, penauds et déconcertés.

Durant quelques minutes, ils gardèrent le silence.

— Nous avons besoin de lui, dit enfin le chevalier de Reinhold ; — c’est une boutade de Kaleb, et, avec une concession, il serait facile de l’apaiser.

— Il faudrait d’abord et avant tout lui descendre ces vingt mille francs dont il a besoin, opina M. de Geldberg ; or, je déclare que je n’ai pas une obole disponible…

— Ni moi…

— Ni moi…

Dirent tour à tour les deux associés.

— Messieurs, reprit Reinhold, il y a du vrai, pourtant, dans ce qu’avance le pauvre Moreau, et, pour ma part, je confesse avoir pris six mille francs dans la caisse, samedi soir.

— Et moi, cinq cents louis dimanche matin, ajouta Abel.