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fortune d’un traître de mélodrame ; et enfin un visage plâtré comme celui d’une vieille coquette qui abuserait du fard.

Rodach n’avait jamais vu le fils de M. de Geldberg. Quant au docteur portugais et au chevalier de Reinhold, il les avait aperçus chacun une fois, dans une de ces circonstances qui gravent les traits tout au fond de la mémoire. Mais il y avait de cela bien longtemps.

Néanmoins, soit qu’il devinât, soit qu’il eût souvenir, il ne se trompa point en faisant mentalement la part de chacun des associés, qu’il avait déjà classés pour ainsi dire au son de leur voix.

Ils étaient tous debout, ainsi que le caissier, qui tenait un registre à la main. Ils avaient tous les trois un air de malaise, et il était facile de lire sur leur visage une forte envie de renvoyer à sa caisse le bon M. Moreau.

Mais celui-ci n’avait pas fini.

— Par conséquent, reprit-il en poursuivant son raisonnement commencé, — la caisse contenait sept mille francs de trop pour les échéances du jour… mais, quand je suis arrivé ce matin, j’ai trouvé la caisse absolument vide…

Rodach vit les trois associés s’entre-regarder en silence.

— Ce n’est pas moi, murmura le jeune M. de Geldberg.

— Ni moi, dit M. de Reinhold.

— Ni moi, ajouta le docteur portugais.

Le caissier releva sur eux son regard où le respect commercial faisait place à la colère.

— C’est donc moi, s’écria-t-il, en jetant violemment son registre sur une table ; — ma caisse est, Dieu merci ! comme un tonneau qui aurait quatre trous !… Vous avez une clef, monsieur le docteur… vous aussi, monsieur Abel ; vous aussi, monsieur le chevalier !… moi, j’ai la quatrième… je ne sais pas si vous avez l’espérance de me faire croire que c’est moi qui ai emporté les vingt-deux mille francs !

Rodach écoutait et fronçait le sourcil.

— Vingt-deux mille francs ! pensait-il ; — moi qui croyais qu’on ne parlait ici que par millions !

Comme si le hasard eût voulu répondre à sa pensée, son œil, qui se