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Rodach consulta sa montre.

— Je ne puis, répondit-il. Je reviendrai.

Il salua Gertraud, qui fit une belle révérence, et sortit. Gertraud, à demi revenue de sa frayeur, le suivit d’un regard curieux.

Hans l’accompagna jusqu’au bas de l’escalier, puis il revint précipitamment pour serrer la cassette confiée.

Il se hâta de la placer dans une armoire dont lui seul avait la clef ; — au moment où il la posait avec précaution sur la plus haute planche, un pâle rayon du soleil d’hiver se glissa par l’ouverture de la fenêtre et vint tomber d’aplomb sur la cassette, dont les clous brillèrent comme autant de louis d’or.

Cette circonstance porta les regards du marchand d’habits vers la fenêtre, et il s’aperçut seulement alors qu’elle était ouverte.

Il lui semblait que l’univers entier convoitait le précieux coffret, et il s’élança vers la croisée pour réparer son imprudence.

Le vent soufflait en ce moment et le rideau flottait.

Comme il saisissait les châssis de la fenêtre pour les joindre et la fermer, son œil se leva par hasard vers la pauvre demeure des Regnault.

Dans un coin de vitre, à la croisée qui lui faisait face, il aperçut comme deux gros yeux qui brillaient d’une manière étrange.

Ce fut l’affaire d’un instant. — Lorsque le marchand d’habits mit sa main au-dessus de sa paupière pour se garantir du soleil et regarder mieux, il ne vit plus rien que la toile grisâtre qui servait de rideau à sa pauvre voisine.



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