Page:Féval - Le Fils du diable - Tomes 1-2.djvu/382

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Durant quelques minutes, il ne vit rien que la grosse mousseline dont les plis immobiles interceptaient son regard.

Rodach avait mis sa main étendue sur la petite cassette de cuir.

— Parlons d’abord de l’enfant, dit-il ; vous aviez raison, ami Hans… c’est un cœur vaillant et intrépide !… je l’ai vu à l’œuvre, et je jurerais sur mon salut que nous ne nous sommes point trompés… J’étais dans la salle d’armes, au moment où il a pris sa leçon de duel… Quand sa main a touché l’épée nue, il m’a semblé voir dans son œil l’éclair soudain qui animait le regard de mon père… Je n’ai nulle preuve nouvelle, mais tout mon amour s’élance vers lui et le sang des vieux comtes a frémi dans mes veines, à sa vue…

— La voix du cœur ne ment point, répondit Hans ; ce que vous avez ressenti, je l’ai moi-même éprouvé… Vous êtes du sang des seigneurs, et je ne suis, moi, qu’un pauvre vassal… Je n’ai pas droit de dire que j’aime l’enfant autant que vous ; seulement, s’il lui faut ma vie, je la lui donnerai.

Le baron lui tendit la main, mais, au lieu de la serrer, Hans la porta jusqu’à ses lèvres.

— Il a grand besoin de l’amour des serviteurs de ses pères, reprit Rodach ; — votre dévouement sera mis à l’épreuve, ami Hans, car il y a des pièges semés autour de lui, et il tombera dans toutes les embûches avec la confiance aveugle de son âge… Avez-vous quelques compagnons sur qui vous puissiez compter ?

Hans ne répondit pas tout de suite. Il cherchait. — J’ai des camarades, répliqua-t-il enfin, à qui je confierais tout ce que j’ai amassé par mon travail, tout ce que je destine au bonheur de ma fille…

— Quels sont-ils ?

— Des Allemands comme moi, et d’anciens vassaux de Bluthaupt… Hermann, qui était fauconnier du schloss ; Fritz, le courrier ; Johann…

Il s’arrêta et parut réfléchir.

— Je ne sais, reprit-il, à Johann aussi je confierais peut-être ma fortune, mais ce qui regarde l’enfant est plus précieux que l’or !

— Et après Johann ? demanda le baron.

Hans prononça encore quatre ou cinq autres noms qui étaient ceux des