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ment. — L’Allemand semblait commander ; Verdier baissait, l’oreille, mais ses gestes indiquaient un refus.

Au bout de deux ou trois minutes, la voix de l’Allemand s’éleva jusqu’au diapason de la colère. Les témoins commencèrent à entendre ; des paroles de mépris écrasant vinrent jusqu’à leur oreille. C’était le cavalier allemand qui les prononçait.

— Si vous ne voulez pas, s’écria-t-il enfin en tirant son épée de dessous son manteau, — c’est avec moi que vous allez vous battre !

— Qu’à cela ne tienne, répliqua Verdier, qui se croyait parfaitement sûr de son affaire.

Ils revinrent vers les témoins et se les partagèrent.

Ils se mettaient en garde au moment où Julien et moi nous entrions dans le fourré. Leur combat ne dura pas plus d’une minute… et le pauvre Verdier reçut tout de suite ce qu’il comptait bien me donner.

Un bon coup d’épée !

Comme j’étais encore tout plein de mes aventures nocturnes et des embarras calculés qui avaient retardé mon arrivée au rendez-vous, je dis au témoin :

— Pensez-vous, monsieur, que cet homme eût des motifs pour se battre avec M. Verdier ?

Le témoin me regardait en souriant.

— Le connaissez-vous ? me demanda-t-il.

— Je l’ai vu cette nuit pour la première fois.

— Vous a-t-il parlé ?

— Jamais.

— Eh bien, alors, s’écria le témoin, comment penser qu’il se soit battu pour vous ?… Je ne sais pas bien ce que vous avez fait à Verdier, mais il venait dans la ferme intention de vous tuer… Il doit y avoir autre chose que le verre de bière jeté à la figure.

— Rien que je sache…

— Il faut croire alors qu’il a de la rancune ; car, toute la nuit, il s’est escrimé pour se refaire la main, et il nous disait en route qu’il voulait vous planter six pouces de fer sous l’aisselle…

— Voilà tout ce que j’ai pu tirer de ce témoin, ajouta Franz ; il n’en