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levé agitait sa robe. — Elle croyait voir cet homme étrange se multiplier et surgir partout sur le passage de Franz, comme un bon ou comme un mauvais génie.

Et, quand le jeune homme reprenait la parole, elle cessait de penser, et se redonnait tout entière aux émotions du récit.

Sa chaise se glissait malgré elle sur le tapis ; elle s’approchait insensiblement et sans savoir, si bien que la distance qui la séparait de Franz était diminuée de moitié au milieu de l’histoire.

Hans, au contraire, écoutait calme et froid. Parfois on eût dit qu’il comprenait le récit bien mieux que le narrateur lui-même. Mais les impressions éprouvées passaient comme un vent sur son visage, qui reprenait aussitôt son immobilité.

Franz, piqué au jeu, redoublait d’efforts. Les événements bizarres se pressaient dans sa bouche ; plus il avançait, plus son récit, animé, prenait des apparences diaboliques.

Il raconta son tête-à-tête avec l’Arménien, qui le prenait pour une femme, la sortie du bal, et ces trois hommes, demi-cachés dans l’ombre, qui épiaient sa retraite et qui parlaient de lui à mots couverts…

La pendule du cabinet du café Anglais s’était arrêtée comme par magie ; — le fiacre où il était monté avec son témoin était visiblement ensorcelé.

Et quand il était descendu avec Julien sur le trottoir des Champs-Élysées, pour courir à pied vers la Porte-Maillot, ce même fiacre, endormi tout à l’heure, avait soudain brûlé le pavé…

Par la portière, il avait cru entrevoir la face empourprée de l’Arménien.

Mais c’était encore une illusion menteuse, car la première personne qu’il avait rencontrée dans le bois de Boulogne, c’était l’homme mystérieux lui-même, avec son grand manteau roulé autour de son bras et une épée nue dans sa main.

— Et il se battait à votre place ?… interrompit Hans Dorn, incapable de se contenir.

Gertraud joignit les mains et pencha sa jolie tête en avant, pour entendre la réponse de Franz.

Celui-ci regarda le marchand d’habits avec défiance.

— Qui vous a dit cela ? murmura-t-il en fronçant le sourcil…