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CHAPITRE II.
LE BONHOMME ARABY.


Gertraud soufflait son feu et chantait de tout cœur. Sa voix fraîche et sonore emplissait sa petite chambre. Quand le charbon allumé pétilla dans le fourneau, elle sortit et rentra presque aussitôt après, tenant à la main un pot de terre qu’elle posa en équilibre sur le brasier. Tandis qu’elle vaquait à ces soins de tous les jours, ses mouvements avaient une grâce vive et gaie. Tantôt sa voix éclatait à son insu en joyeuses roulades, tantôt elle s’affaiblissait jusqu’à ressembler à un murmure. Parfois même son chant se taisait tout à coup.

Alors sa jolie tête s’inclinait, pensive, et ses bras paresseux tombaient le long de son corps. Elle songeait ; la rêverie des jeunes filles passait sur son front et le courbait.

Puis, tout à coup, elle se redressait plus allègre ; sa chanson vibrait de nouveau plus éveillée ; le nuage qui voilait son regard brillant était dissipé.

Pendant que le pot de terre chauffait sur le feu, elle retourna les matelas de sa couche et disposa les plis de ses rideaux, blancs comme la neige. Cette seconde toilette ne fut pas beaucoup plus longue que la première ; en un clin d’œil, la chambrette, rangée, prit un petit air de coquetterie, et montra ses carreaux luisants comme autant de miroirs.