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nulle part le fantastique personnage qui leur était apparu sous une triple forme. Il ne restait désormais dans la salle, ni Allemand, ni majo, ni Arménien…

Il y avait foule sur le perron du théâtre comme dans la salle. Le flot des arrivants montait sans cesse et obstruait le passage ; Franz et Julien d’Audemer eurent toutes les peines du monde à gagner le pavé, encore ne purent-ils pas choisir le côte de la place qui leur convenait. La foule a des courants comme la mer ; ils furent poussés irrésistiblement vers la rue Favart, et durent s’engager sous ce péristyle étroit, tout plein de parfums impurs, et dont l’usage est déclaré shoking par les gentlemen et par les ladies.

Ce couloir mène au boulevard, en passant devant l’entrée des artistes.

Il était encombré comme tout le reste. Nos deux couples suivaient le flux et ne songeaient point à regarder en arrière.

Franz avait ôté son masque pour remplir définitivement son office de cavalier. Il marchait sur les talons de l’enseigne, qui protégeait de son mieux sa belle compagne contre les coups de coude et les poussées de tout genre.

Dans ce passage, il régnait une demi-obscurité qui devait sembler ténèbres en comparaison des éblouissantes clartés du bal. Les arcades faisaient ombre, et la lumière des becs de gaz n’arrivait que par échappées.

Derrière Franz et Sara, il y avait trois hommes, le nez dans leurs manteaux. Il faisait froid ; ces gens ne se distinguaient en rien du reste de la foule.

Franz ne les avait point regardés ; s’il les eût regardés, son attention n’aurait probablement point été excitée.

Comme on arrivait au bout du couloir, devant l’entrée des artistes, Franz, qui ne parlait point en ce moment, saisit quelques mots prononcés derrière lui à voix basse.

— C’est comme un fait exprès ! murmurait-on. Il ne se retourne point… Je n’ai pas encore aperçu son visage…

— Chut ! fit une autre voix ; il va vous entendre… Faites attention, plutôt, et quand il passera sous le gaz, avancez la tête, vous le verrez.

Franz n’eut point l’idée que ces paroles pussent avoir trait à lui. Néan-