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tel de Geldberg, et ce n’est pas vous qui me tuerez, monsieur le vicomte !

Le visage de celui-ci se rasséréna. Il ne demandait qu’à croire.

— Vous m’avez fait peur, dit-il en souriant. — Pour votre peine, vous allez me donner quelques détails sur nos deux dominos… car je suis bien sûr que vous les connaissez tous les deux.

— Je les connais peut-être, répliqua Franz, mais je ne puis rien dire.

— Bravo ! vous êtes discret.

— Ce sont deux grandes dames.

— Je l’aurais parié… Après ?

— Voilà tout… Le secret du domino noir m’appartient à moitié ; c’est pourquoi je le garde… Le secret du domino bleu ne me regarde pas ; pourquoi le dévoiler ?

— Est-elle jolie ?

— Charmante !

— Vous en êtes sûr ?…

— Parfaitement.

— C’est tout ce qu’il me faut ! s’écria l’enseigne, qui avait recouvré toute sa gaieté. — Le reste m’importe peu, en définitive… Mais n’est-ce pas l’une d’elles que j’aperçois là-bas… tout là-bas ! au fond du théâtre ?

— Le domino bleu ! s’écria Franz ; elle donne le bras… sur mon honneur ! ajouta-t-il : c’est encore le majo !…

— Et le domino noir tient l’autre bras ! dit l’enseigne, il faut que nous voyions enfin si nous avons la berlue !… Écoutez, Franz, faisons une manœuvre savante… Prenez à gauche pendant que je prendrai à droite… nous ne les perdrons pas de vue, et, de quelque façon qu’ils s’arrangent, l’un de nous les rencontrera.

— Accordé ! dit Franz, — bonne chance !…

Ils se séparèrent et commencèrent à percer la foule dans des directions opposées. Ils y allaient de tout leur cœur, mais, une fois engagés dans la cohue, ils perdirent bien vite leur boussole, et se dirigèrent seulement d’après la configuration de la salle.

Non-seulement ils n’apercevaient plus les deux dominos, mais ils ne se voyaient pas l’un l’autre.