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— Contre ceci, je n’ai rien à dire… Mais, depuis que j’ai quitté la maison de Geldberg, je ne vais plus guère dans le monde, et je ne sais plus ce qui s’y passe… Vous-même, Julien, êtes-vous sérieusement décidé à épouser la comtesse ?

— Ma foi, très-cher, répondit l’enseigne, ma mère m’y pousse fortement… Elle a une fortune magnifique… et je crois, en conscience, que je suis amoureux d’elle.

Franz retint un mot qui se pressait sur sa lèvre. Il garda le silence.

Ils arrivaient auprès de la porte opposée à celle par où les deux dames et le majo étaient sortis.

Au moment de franchir le seuil, Franz se retourna pour jeter un dernier regard dans le foyer.

— Ah çà ! suis-je fou ! s’écria-t-il en s’arrêtant brusquement. — Voyez ! Julien, voyez !

L’enseigne poussa un cri de surprise.

À la place même que venait de quitter le beau majo, le cavalier allemand se tenait debout et promenait ses regards calmes sur la foule.

— Il aura changé de costume ! dit Julien stupéfait.

— C’est à peine s’il en a eu le temps, répliqua Franz. Et puis, voyez ! autant il était gai tout à l’heure, autant il semble triste maintenant.

— C’est vrai…

— Et c’est bien le même pourtant… il n’y a pas à s’y tromper.

— C’est bien le même !

— Je voudrais gager qu’il y a là-dessous quelque bizarre histoire… et j’ai bonne envie !…

Franz s’interrompit, et sa vivacité tomba brusquement.

— Mais que me fait cela ? murmura-t-il en secouant sa tête blonde. — Je n’ai pas le temps de m’embarrasser dans des énigmes… Reprenons notre chasse, Julien, poursuivit-il. Nos dames doivent être libres et nous cherchent peut-être.

Ils descendirent l’escalier dont les marches invisibles disparaissaient sous les pieds de la foule, Julien se retournait fréquemment pour voir si le majo, déguisé en cavalier bavarois, ne le suivait point. Franz songeait.

— Vous êtes gentilhomme, vous, Julien, dit-il, comme ils entraient