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CHAPITRE X.
LA SALLE GRISIER.


Le cœur de Franz était plein. Son amour pour mademoiselle d’Audemer était un sentiment sérieux, sous des apparences frivoles. En pensant à Denise, il se sentait devenir homme ; il concentrait les pétulances de sa joie d’enfant ; il se recueillait en lui-même et savourait jalousement son bonheur.

Denise lui avait dit son secret ; Denise était à lui : elle l’aimait : tout s’effaçait devant cette pensée, son duel du lendemain et les plaisirs promis de sa dernière nuit de carnaval…

Cela dura une demi-heure ; puis sa nature mutine se révolta contre ces langueurs inaccoutumées. Il se fit honte à lui-même de ses soupirs, et secoua vaillamment sa rêverie.

— Elle aura ma dernière pensée, murmura-t-il ; si je meurs, son nom viendra le premier sur ma lèvre… mais d’ici là, morbleu ! il faut vivre, et vivre rondement !

Tout en songeant, il avait suivi la ligne des boulevards, où la foule se renouvelait sans cesse. Il entra dans le premier restaurant venu et fit un fort léger repas, parce que, malgré sa rébellion fanfaronne, le souvenir de Denise le tyrannisait toujours, et aussi parce qu’il ne voulait point écorner son trésor.