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CHAPITRE II.
L’ENFER DE BLUTHAUPT.


Le vicomte Raymond d’Audemer abandonnait la bride à son cheval et laissait errer sur la route son regard distrait ; sa pensée était loin des objets qui l’entouraient. Il songeait à la France, où deux êtres bien chers souffraient de son éloignement et attendaient son retour.

M. d’Audemer venait en Allemagne pour tâcher de joindre un misérable qui lui avait volé toute sa fortune. Il y venait aussi pour éclaircir le mystère qui entourait la mort du comte Ulrich de Bluthaupt, père de sa femme.

C’était là une ténébreuse histoire. Ulrich avait succombé sous le poignard, et le nom de ses meurtriers était venu jusqu’aux oreilles de M. d’Audemer. Mais ces meurtriers tenaient par des liens occultes à des personnages tout-puissants. Une protection cachée s’étendait autour d’eux, et bien qu’ils fussent tous des aventuriers sans famille et sans crédit, la justice allemande avait fermé pour eux ses yeux et ses oreilles.

On disait qu’ils avaient été en cette occasion les instruments d’une volonté inattaquable. On disait qu’ils faisaient tous partie de ces polices mystérieuses que les rois entretinrent en Allemagne longtemps après la chute de l’Empire français. — On affirmait même que leur maître était le czar.