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Notre voyageur n’avait point changé de costume, et semblait s’inquiéter assez peu de l’effet qu’il produisait sur les passants.

En sortant du marché, il s’était vendu tout droit à l’extrémité la plus éloignée de la rue de la Rotonde. Il marchait en homme qui a son but et qui suit son chemin.

Mais en arrivant au bout de la rue, il s’arrêta dérouté.

Une maison toute neuve s’élevait au-devant de lui, et son étonnement disait qu’il ne s’attendait point à la trouver là. Cette maison, sans être somptueuse, n’avait pas la physionomie de ses voisines. Le baron resta indécis auprès de la porte.

— Voici un nouveau contre-temps ! murmura-t-il en secouant la tête : le Temple est fermé ; il faut que j’attende désormais à demain pour trouver madame Batailleur. Quant à mon ami Hans, à moins qu’il n’ait fait fortune, je pense que son domicile aura changé… ceci me parait bien beau pour lui !

Nonobstant ces réflexions, le baron tira le bouton de cuivre de la sonnette, et entra chez le concierge.

— Monsieur Hans Dorn ? demanda-t-il.

— Connais pas, répondit-on du fond d’une loge chaude qui sentait affreusement l’oignon.

Puis on ajouta :

— Qu’est-ce qu’il fait celui-là ?

— Il est marchand d’habits, répondit le baron ; et je l’ai connu dans cette maison.

— Quand c’était une baraque, riposta le portier. Il n’y a pas de marchands d’habits chez nous… Voyez voir ici près… les trous à chineurs ne manquent pas.

Ce portier restait dans les limites de son droit d’insolence. Il vint lui-même fermer la porte de sa loge sur le nez du baron, qui se retira désappointé.

Une fois dans la rue, il regarda tout autour de lui, comme s’il eût cherché encore la maison absente où il avait cru trouver Hans Dorn.

— Où le prendre ? pensait-il en revenant sur ses pas : Dieu veuille seulement qu’il n’ait point quitté le Temple !… S’il y est encore fallût-