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gilet en satin noir brodé, sortait une grosse chaîne dont chaque anneau valait bien deux louis.

Il avait des bagues par-dessus ses gants blancs.

Il eût été difficile de dire son âge, au juste, à la première inspection de sa figure. Il y avait sur sa joue une sorte de fraîcheur ; ses sourcils étaient noirs comme l’ébène, et les bords de son chapeau anglais laissaient échapper d’abondants cheveux frisés admirablement.

Malgré ces triomphants accessoires, quelque chose disait qu’il avait passé depuis longtemps la quarantaine ; sa taille courte tournait à l’obésité ; il y avait des rides nombreuses autour de son sourire.

Notre étranger avait jeté un regard distrait vers ces deux hommes. Le plus jeune lui était parfaitement inconnu, et il ne pouvait voir la figure du second.

Aucune raison ne le portait à s’occuper d’eux davantage. Il tourna les yeux vers le milieu de la rue, qui s’encombrait de plus en plus, et où la foule confuse des carrioles, des fiacres et des équipages semblait narguer son impatience.

Le spectacle était vivant et varié. Il n’eût point manqué d’intérêt pour un observateur ayant du loisir. La plupart des piétons, arrivant des boulevards et des quais, s’élançaient tumultueusement vers le marché, afin de profiter des derniers instants de vente pour faire leurs provisions d’oripeaux. Paris donnait cinq cents bals masqués ce soir-là, et le Temple contient assez de guenilles pour travestir un million de fous.

Parmi les chalands qui se précipitaient ainsi vers le bazar, le plus grand nombre appartenait aux dernières classes sociales ; mais il y avait aussi quelques dandys faméliques, en quête de bottes vernies d’occasion, quelques lorettes pimpantes, mais connaissant le charme des gants de chevreau nettoyés, des grandes dames même, de vraies grandes dames, des femmes de banquiers ou de marquis, conduites là par ce louable esprit de parcimonie qui fleurit bien souvent au milieu des splendeurs.

Les dentelles du Temple sont fort belles et n’ont passé qu’une fois, la plupart du temps, sur l’épaule fardée d’une danseuse. Il n’y a point là motif suffisant de se priver d’une économie de cent pour cent.

Mais les grandes dames qui viennent au Temple y mettent une certaine