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les édifices publics, Fritz pouvait découvrir cette inscription uniforme : Freye Stadt (ville libre) ; mais çà et là il rencontrait sur sa route des soldats d’Autriche et des cavaliers prussiens dont la présence démentait l’ambitieuse vanterie des bourgeois de la cité impériale.

La mission de Fritz l’appelait hors de ce quartier brillant à la manière des décorations de notre Opéra-Comique. Il s’avança vers le centre de la cité, et bientôt les sémillantes bonbonnières du Wolgraben firent place aux maisons flamandes des environs du Rœmer (hôtel de ville). À quelques pas de ce vieil édifice, dont l’apparence mesquine ne s’accorde pas avec les grands souvenirs qui s’y rattachent, Fritz alla frapper à la porte d’une maison construite dans le style flamand.

Un valet, vêtu d’une veste bleue à mille boutons d’argent vint lui ouvrir.

— Je voudrais parler au seigneur Yanos Georgyi, dit Fritz.

Le valet prit les devants, et Fritz, qui le suivait, pénétra dans nue grande salle carrelée, où deux hommes cuirassés et plastronnes se prodiguaient amicalement d’énormes coups de sabre.

À l’entrée de Fritz, l’un des combattants souleva son masque en mailles de fer. — C’était un homme de haute taille et d’aspect militaire, portant le pantalon rouge à la hussarde et les demi-bottes épéronnées des madgyars de Hongrie.

Au-dessus des reins, son plastron de cuir, à moitié déboutonné, laissait voir sa musculeuse poitrine. — Il avait jeté sur un divan son dolman brodé et son kalpack de fourrure aux éclatants revers rouges.

Cet homme était beau, mais d’une beauté brutale et grossière.

— Je viens vers votre seigneurie, dit Fritz, — de la part de maître Zachœus Nesmer, l’intendant du comte Gunther Bluthaupt.

Le madgyar fixa sur lui son regard fier et dur — Il alla s’asseoir dans un coin reculé de la salle, et fit signe au courrier de le suivre.

— Parle, dit-il.

— Ce ne sera pas long, murmura Fritz. L’heure est venue… ajouta-t-il tout haut.

Le madgyar attendit durant une seconde ; puis, voyant que Fritz n’ajoutait rien, il replaça son masque sur son visage. — Il revint au milieu de la chambre et se remit en garde.