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— Je sais bien que vous ne pouvez pas être parjure, meinherr Otto, dit-il enfin. Je sais bien que, dans un cas désespéré, on peut jouer le tout pour le tout… Mais si les magistrats venaient vous demander.

— Il y a un an que nous sommes prisonniers, répondit Otto ; les jugea n’ont pas de quoi nous condamner cl notre tour ne viendra jamais.

Blasius était intérieurement de cet avis. L’évasion du troisième prisonnier ne changeait absolument rien à sa situation et lui laissait au moins de l’espoir. Il avait bu d’ailleurs une assez grande quantité d’excellent vin du Rhin pour avoir le droit d’accueillir un moyen romanesque.

Néanmoins il hésitait encore.

Otto se pencha vers son oreille :

— Vous étiez un fidèle serviteur de Bluthaupt, autrefois, maître Blasius, dit-il, et vous auriez donné le meilleur de votre sang pour relever la race de vos maîtres !

— Je le ferais encore, répliqua le geôlier.

— Faites-le donc ! prononça Otto d’une voix basse et vibrante. — Il y a, par le monde, un fils de votre maître qui souffre et qui ne sait pas le nom de ses aïeux…

— Je le croyais, je le croyais ! s’écria l’ancien majordome, les yeux animés et les mains jointes ; — mais êtes-vous bien sûr de le retrouver, meinherr Otto ?

— Je vous ai dit que nous avions une tâche à remplir, répliqua le bâtard ; — cet enfant est le fils de notre sœur Margarethe, que nous aimions plus que nous-mêmes… et il est notre fils aussi, puisque nous nous sommes mis entre lui et la mort, qui planait au-dessus de son berceau !

Le regard de l’ancien majordome exprimait une curiosité de plus en plus avide.

— Vous étiez au schloss durant la nuit de la Tousssaint ? murmura-t-il.

— Nous y vînmes, répondit Otto ; mais ce serait une longue histoire, et mes frères m’attendent.

— Un seul mot ! s’écria Blasius : c’est vous qui emportâtes l’enfant avec la servante Gertraud ?