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INTRODUCTION.


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LA PRISON DE FRANCFORT.




I.


C’était au mois de février de l’année 1844. Dix-neuf ans s’étaient écoulés depuis les événements racontés au prologue de cette histoire.

Francfort avait agrandi ses quartiers neufs et multiplié les bouquets de fleurs qui lui font une brillante ceinture. Ses banquiers remuaient toujours l’or à millions et mettaient l’Allemagne en loterie. Elle était fière de plus en plus de sa qualité de ville libre, gardée par des soldats de l’Autriche et logeant des caporaux prussiens dans son antique Saalhof, le palais des gloires carlovingiennes.

Depuis vingt ans, la vieille cité s’était rajeunie et requinquée. On avait mis de nouvelles couches de bleu et de jaune aux façades peintes de ses maisons. Les quartiers les plus éloignés du centre opulent et fashionable avaient eu leur part d’amélioration ; la propreté gagnait : les abords flamands du Rœner ne faisaient plus honte aux coquettes prétentions du Wolgraben.

Seule la sombre Judengasse gardait son repoussant aspect ; ses maisons, plus vieilles, inclinaient davantage leurs façades menaçantes. D’autre fange était venue se joindre à la fange séculaire du ruisseau ; les toitures,